Autour de DIVINE OUDJAT (1) : Antonio, Béatrice et Angela

Portant un regard global sur la fresque sensorielle que constitue le triptyque Route de la Soie, il ressort indubitablement, au-delà de toutes les fragrances qui se juxtaposent, se mêlent, se répondent, se conjuguent, que tout se passe dans un jardin clos. Paradoxe encore une fois, puisque les personnages – un trio pour un triptyque, avec quelques silhouettes vaguement dessinées et qui vont s’estompant jusqu’à la résolution finale, semblent parcourir le monde. Cette oscillation d’occident en orient, de la ville enfiévrée au désert rural, du dehors au dedans, de la parole au silence, n’est-elle pas, tout compte fait, la métaphore d’une vie qui se cherche, qui tâtonne, veut s’abandonner à rebours des flux du monde.

Antonio, Béatrice, Angela cheminent à la recherche non pas d’un idéal de vie, dicté par les marqueurs sociétaux, mais bien à la recherche d’eux-mêmes. Le prix à payer c’est le corridor étroit : celui de Gansu pour Antonio (Le Jardin du Mandarin Yu), celui du saut parachuté pour Béatrice (Divine Oudjat), celui enfin de l’apothicairerie sombre et de Kalliste pour Angela (Divine Oudjat). Car si Angela est l’agent révélateur, elle finit elle aussi par être atteinte par ce besoin de se révéler à elle-même. Pour ce faire, il faut passer par l’incontournable point névralgique, introspectif , ce moment qui coûte où l’on pose le regard sur soi-même : « il faut passer c’est la seule chose possible. » (Le Jardin du Mandarin Yu)

Ces trois-là, Antonio, Béatrice, Angela, comme il faut les aimer ! Combien j’ai aimé leur faire prendre vie, les faire voyager, s’aimer, se déchirer – un peu, si peu. Ils véhiculaient tant d’émotion, parfois maladroite, mais si humaine. Tour à tour forts et fragiles, cherchant, cherchant, cherchant toujours, avidement, toujours escortés de leurs fantômes tantôt sombres, tantôt lumineux.

 » Le mandarin s’arrête. Frissonne. Murmure en lui-même. Immobile. Pendant de longues secondes. Un peu de vent au bas du tissu trahit la palpitaison intérieure. Comme l’éclair fuse il étend ses membres dans la lumière de l’aube. Gestes amples. Grand cormoran soudain  se découpant entre ciel laiteux et béton asphalté. La posture du tigre comme leitmotiv alternant avec le déploiement des ailes de la grue blanche.

Le mouvement n’a plus guère besoin d’être pensé. Autonome et vivant. Frémissant. Rond souple rythmé puissant d’une lenteur submergée. Poème aux battements fermes aux glissements occasionnels dont les facettes miroitent dans les pluies d’or et de brume.

Tigre il saute.

Montagne il s’immobilise.

Archer il fuse.

Oiseau il vole en diagonale.

Il a cherché l’aiguille au fond des mers.

Criant victoire il s’est abouché avec l’air

De la tempe un ru discret de sueur. Dedans rentre toute la lumière.

Autour de lui le gigantesque barrage décor titanesque à la démesure du troisième œil qui le propulse. L’œil qui fouille. L’œil qui trouve. L’œil qui répand. L’œil qui a vu l’enfer. L’œil qui considère l’immense nappe liquide rouge et boueuse. L’œil qui mesure. L’œil a l’intérieur de lui. »

Le Jardin du Mandarin Yu, extrait

Catherine Renée Lebouleux dédicace DIVINE OUDJAT, le samedi 26 mai 2012, de 10h00 à 19h00, librairie LIRAGIF, place de la mairie, 91190 Gif-sur-Yvette

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