Questions sur la fin du roman de Jaume Cabré : CONFITEOR

Lire le CONFITEOR de Jaume Cabré fut un moment de grande exaltation littéraire et romanesque. Grande fresque, brillamment menée (pour une analyse de l’ouvrage, lire l’article paru dans Le Monde). Magistrale déconstruction d’un temps éclaté, d’une chronologie tailladée comme une gravure qu’on aurait eu soin de découper pour ne plus en voir le dérangeant spectacle.

Une mémoire sans faille est sollicitée du lecteur qui ne peut reposer le livre qu’une fois la dernière page avalée s’il ne veut pas perdre le fil. Caractéristique de nombre de romans parus ces derniers temps, où il faut mémoriser personnages, destins croisés, décors, pans d’histoire, si l’on veut accéder au Graal et boire la coupe du dénouement.

CONFITEOR n’y échappe pas. La fin se fait attendre et comme une lente déscente aux enfers, il faut boire la coupe jusqu’à la lie.

Cette fin, poignante, labyrinthique, est assez pénible. Veut-elle permettre au lecteur de saisir tout le désarroi d’un cerveau atteint par la maladie ? Entraîné dans ce « quand va-t-il en finir ? », le lecteur tombe enfin sur ce « coup de théâtre » inexpliqué… La disparition d’Adria est-elle symbolique ? Est-elle l’ultime éclair de lucidité d’un homme qui constatant sa déchéance décide d’en finir ? A-t-il échappé à la surveillance du personnel médical ?

La fin du récit est rendue gluante qui dévoile l’Ami, finalement jaloux depuis toujours, usurpant la paternité d’une confession qu’on lui a confiée…

Avec le recul, on peut s’interroger : quelle fin peut-on attendre d’un tel récit, terriblement romanesque mais aussi terriblement réaliste à bien des égards, et tout particulièrement sur cette vieille constatation toute balzacienne qui fait de la vie une longue déchéance, où tout finalement se fâne, se pervertit, s’affadit et finit par mourir…?

J’y vois poindre la résonnance le génie et la folie. Je pense au destin de Nietzsche. Et finalement à ce long cheminement vers le silence éternel.

Catherine Renée Lebouleux

Confiteor illustrationAleAle

 

Illustration d’Ale Ale pour Le Monde des livres 19/09/2013

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