Salon de lecture / Jean-Christophe Frisch: Le Baroque Nomade

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Difficile de choisir un extrait quand tant de pages soulèvent l’intérêt. Même si la première approche de l’ouvrage de Jean-Christophe Frisch, flûtiste et chef d’orchestre, fondateur et directeur musical de l’ensemble XVIII-21 Le Baroque Nomade, peut sembler ardue, on se prend vite au jeu de la séduction qu’il opère. Naviguant entre relation de voyage, compilation de biographies oubliées, descriptions ourlées des musiques de cet ailleur lointain, l’essai est un coup de maître qui trouve les mots justes pour rendre compte d’un travail qui tend à l’excellence sans jamais tomber ni se figer dans les excès de  l’intellectualisme mais porte une analyse vivante et humble sur un passé dont on ne peut saisir l’intégralité. L’exposé, toujours précis, souvent coloré n’omet rien des questionnements qui ont pu accompagner cette recherche longue maintenant de plus de vingt ans. On sent le désir d’être clair, le respect porté à l’autre que l’on rencontre, le souci de ne jamais heurter les sensibilités culturelles.

Le remarquable du livre est que le témoignage de Jean-Christophe Frisch est celui d’un professionnel mais qui jamais ne prend le lecteur de haut : pas de posture dans le récit dont le style ne jargonne pas ! On ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir pénétré à l’intérieur du Baroque Nomade, d’avoir compris plus généralement la démarche « baroque », les enjeus d’une recherche à la fois respectueuse du passé mais vivante et lucide (l’évocation de « l’esthétique moderne qui nous impose l’unité des regitres », p. 204). Et comment ne pas citer l’auteur en guise de conclusion :

[…] j’ai compris que ces musiciens du passé, nous devons les considérer comme des hommes d’une autre culture. Leurs références, leurs goûts, leurs objectifs, étaient construits autrement que les nôtres. Quelle meilleure approche de cette altérité que celle que le présent peut nous proposer ? (pp. 200-201)

On regrette de ne pas en savoir plus cependant sur les « difficultés » rencontrées qui sont évoquées à la toute fin du livre : « on aurait pu parler de bien d’autres sujets »…

Mais qui empêche Jean-Christophe Frisch de reprendre la plume pour une autre relation de voyage ? Nous la lirions avec curiosité dans le silence gourmand d’un studiolo réinventé.


Jean-Christophe Frisch, Le Baroque Nomade, Actes Sud, Arles, 2014, 220 pages

Visiter le site du Baroque Nomade : http://www.xviii-21.com/

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