Salon de lecture / Céline Minard : Le grand jeu

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ResumeIcone(4e de couverture) Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple : comment vivre ?

Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense, où longues marches, activités de survie, slackline et musique vont de pair avec la rédaction d’un journal de bord.

Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est volontairement préparée, qu’elle a tout prévu.

Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera ses résolutions.

IMG-Icone-livre-blanc-150x150« Les habitudes aussi, il faut les construire. Effectuer les gestes de l’autarcie, les gestes simples, quotidiens, voilà ce que je m’étais proposé de construire pour habitude. J’ai investi cet environnement et ces conditions qui me permettent de n’être pas dans l’obligation de croiser tous les matins un ingrat, un envieux, un imbécile […] Il n’était pas prévu qu’un humain me dérange, j’avais pris de strictes dispositions pour que cela n’arrive pas. Il est hors de question que j’aie à supporter quelqu’un. Fût-il un moine, muet, et vêtu d’un sac. Même dans l’hypothèse hasardeuse qu’il ne soit ni un envieux, ni un ingrat, ni un imbécile. Il fait du bruit. Avec un marteau en pleine nuit. Et peu importe. Il me dérange. » (page 103)

GrainDeZebreLe rapport à l’humain, à la nature, à la vie. Qui est cette femme ? Pourquoi s’est-elle imposé cette solitude ? Jamais nous ne saurons. Ni  ne connaîtrons l’aboutissement de cette expérience. Comme ces inconnus croisés dans un lieux, une circonstance, un voyage, nous ne saurons jamais ni d’où elle vient, ni où elle poursuit sa route. Pas même son nom.

Ce qui n’est pas nommé existe-t-il ? Est-ce un rêve ? Un rêve éveillé ? Une parabole ? Un plaidoyer ? Une remise en question ?

L’originalité de cette solitude c’est d’être en phase avec son époque. Résolument moderne, elle n’est pas un retour à la nature pour bobo-écolo mais plus proche d’un concept cherchant à allier cette modernité à une prise de conscience. La survie est morale plus que matérielle, malgré le jardin et ses cultures, le lac et ses truites. Le personnage est ultra préparé, expert en moult domaines. Et l’espace dans lequel il évolue lui appartient. La femme dont on suit les déambulations est propriétaire de cette lande montagneuse.

On se prend à aimer cette solitude, on se prend à vouloir y goûter, un peu coupable d’être parmi ces « envieux »qui l’observent, libre et efficace dans un univers pas encore si hostile – on la quittera avant l’hiver. Dommage… surtout après ses considérations sur le danger.

On se prend à se sentir dérangé par l’intrusion de l’ermite. Nous aussi. Et c’est peut-être là, au-delà de sa belle écriture, de l’originalité du sujet, de la pertinence de ses analyses, que réside le talent de Céline Minard : d’avoir su nous captiver au point que l’identification à son héroïne est totale.

Céline Minard, Le Grand jeu, Payot & Rivages, Paris, 2016, 190 pages

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