Salon de lecture / Nancy Huston : L’empreinte de l’ange (Actes Sud, 1998)

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Le roman de Nancy Huston a vingt ans. Le roman de Nancy Huston est d’une brûlante actualité. Peinture des souffrances, des exils, charriant avec eux la mémoire des corps, torturés par la guerre, la litanie des nuits sans sommeil ou agitées de cauchemars que la conscience efface avec obstination jusqu’au miracle d’un silence enfin brisé, d’un regard qui s’ouvre au monde. Aucune douceur dans les amours décrites – des amours fous, auxquels les protagonistes s’abandonnent contre vents et marées –  juste le choc des corps, la violence jusque dans l’amour comme si la guerre avec ses trahisons, ses infamies, son paroxysme, l’escalade de ce que l’homme peut faire subir aux hommes, avait laissé sa trace indélébile, tel un péché originel que seule efface « l’empreinte de l’ange ».

« – C’est ici, dit-il, que l’ange pose un doigt sur les lèvres du bébé, juste avant sa naissance – Chut !  – et l’enfant oublie tout. Tout ce qu’il a appris là-bas, avant, en paradis.

– Et ça s’arrête quand l’innocence ? demande Saffie d’une voix rêveuse, remuant à peine les lèvres sur lesquelles le doigt d’András est encore posé. Toi, tu es innocent? »

Qui est innocent ? Qui est coupable ? Dans cette fresque sur fond de guerre d’Algérie, terriblement actuelle pour les questions qu’elle pose sur notre passé, nos responsabilités collectives et individuelles, l’amour, maître absolu et indiscuté des destins des protagonistes les entraîne dans des chemins tout aussi tourmentés qu’ils ont été insouciants dans leurs prémisses. La possibilité d’un amour rédempteur est balayée dans le destin d’Emil, sacrifié par le père qu’aucun bras divin ne viendra retenir.

Nancy Huston livre dans ce roman une vision de l’histoire individuelle et collective sans résilience où les hommes, livrés à eux mêmes, perdent toute innocence dans un monde perpétuellement en guerre et qui semble sans issue : « Il suffit d’ouvrir les yeux : partout autour de vous, cela continue ».


Nancy Huston, L’empreinte de l’ange, Actes Sud, Paris, 1998, 328 pages

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