Salon de lecture / L’enfant perdue, l’amie prodigieuse IV, Elena Ferrante / Et vous, avez-vous une amie prodigieuse ?

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Qui est la « prodigieuse amie » ? Tout au long de ces quatre volumes, il semble que toujours nous ayons pensé que c’était Lila, prodigieuse de dons, d’inventivité, progressiste et indépendante, libérée de l’opinion d’autrui. Elena, elle, choisit l’avancée laborieuse, studieuse et tenace du savoir qui peine à se transformer – surtout pour une femme, italienne de surcroit, issue d’une société méditerranéenne où la condition de la femme reste peu ou prou assujettie au devenir de l’homme – en une situation professionnelle épanouie et stable, une reconnaissance qui toujours se dissout dans une quête impossible où tout pourrait être conciliable : amour, maternité, famille, travail. A ce titre le roman entérine une forme de fatalisme : on ne peut pas tout avoir et la vie n’est faite que de choix. Tout a un prix. Que l’on naisse homme ou femme, il n’est pas de grands succès sans de petites lâchetés. Rien ne semble jamais acquis, tout est question d’un effort constant à maintenir un équilibre dans un monde où la seule gagnante semble être cette Naples qui résonne de toute son histoire, qui s’enfle et prend toute la place, engloutit le « quartier » et les crimes qu’on a pu y commettre et qui finisse par être un détail dans une cité insistante qui avale tout jusqu’à la moindre substance. Les deux amies prendront conscience de leur insignifiance en face de la mégapole avec laquelle on ne peut rivaliser. A l’image d’une nature indifférente à notre condition humaine, Naples, la ville construite de toute pièce, immémoriale et stratifiée, finit par devenir ce monstre auquel on ne peut échapper dans lequel on ne peut que se dissoudre à moins de fuir.

Seule reste cette amitié, incandescente comme la lave du Vésuve, dangereusement attractive, jamais sereine, toujours à magnifier ou à combattre. L’une la pense et l’analyse, tantôt subjuguée, tantôt la mettant à distante. L’autre la vit, la dirige, la dompte, la prend, la laisse, mais toujours arrive à ses fins. Jusqu’au moment où l’on décide de mêler le cours des fleuves, où on se laisse aller à les faire se confondre : on habite le même immeuble, on partage les mêmes promenades, les enfants grandissent ensemble, les liens se serrent, on ne peut plus échapper au quartier d’où l’on vient, aux camarades communs, aux souvenirs. La maturité fait son chemin, non sans heurts, ni retour sur soi… jusqu’au dénouement final, qui n’est plus fait que de souvenirs.

Avez-vous une amie prodigieuse ? Ce genre d’amie qui est votre baromètre ? Celle avec qui les non-dits, les absences, les longs moments  d’éloignement ont tous une saveur explétive …

L’Enfant perdue / L’amie prodigieuse IV, Elena Ferrante, Editions Gallimard, Paris 2018

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